Cellule Déméter : lutter contre celles et ceux qui dénoncent

Quand on vous dit Déméter, vous pensez peut être à la déesse de l'agriculture, non ? Et bien maintenant, cela va vous faire penser à toute autre chose. En effet, une cellule de la gendarmerie nationale a été mise en place le 3 octobre 2019 (et oui je suis en retard !) C'est la cellule Déméter, ayant pour but de protéger les agriculteur·rices des agressions et intrusions sur les exploitations agricoles. L'Etat pointe du doigt les vols qui y sont commis, oui, mais pas que... Pour vous mettre sur la piste, sachez que les signataires de cette convention sont la FNSEA et les JA (Jeunes agriculteurs). Mais avant de rentrer dans les détails, quelques mots sur l'agriculture actuelle.

Vive l'agriculture ! Mais une autre agriculture !

On le sait, notre société repose sur le productivisme, la croissance économique, le développement, toujours le développement... délaissant des valeurs primordiales, une société à l'origine de la sixième extinction de masse où tout parait plus important que le vivant. L'agriculture actuelle n'échappe pas à la règle, au détriment du vivant, des agriculteur·rices, et des humains en général. Le remembrement agricole a complètement industrialisé l'agriculture : parcelles toujours plus grandes, destruction de bocage et de haie. Une autre agriculture a été inventée : toujours plus de monoculture, toujours plus de pesticides (créés suite aux guerres mondiales et leurs armes chimiques). Un cercle vicieux se met alors en marche : plus on détruit les écosystèmes, plus on pratique la monoculture sur des surfaces considérables, plus on détruit les sols, plus on a besoin de pesticides et d'engrais. L'agriculture actuelle est erronée, elle fonctionne contre la biodiversité alors qu'elle pourrait et devrait fonctionner avec. N’oublions pas non plus que 71 % des terres cultivées en Europe sont destinées à nourrir le bétail, un gaspillage des ressources est donc en cours. On pourrait continuer comme ça longtemps, mais ça tout le monde le sait.

Alors partons du constat acté par les scientifiques que l'agriculture actuelle détruit, que pouvons nous faire ? Et bien changer, changer de modèle agricole, changer notre perception de l'agriculture et du monde vivant. Cela ne se fait pas en un claquement de doigts, on ne peut pas le nier, mais il faut pour cela de la volonté, beaucoup de volonté. Il faut pour cela écouter les scientifiques et délaisser les lobbyings.

Ce serait réfléchir concrètement comment travailler avec le sol et pas contre le sol, avec la biodiversité. Ce serait mieux comprendre les éléments qui nous entourent, les services écosystémiques... Ce serait valoriser une agriculture plus durable, avec de vraies valeurs. Ce serait lutter contre la famine dans le monde et libérer des espaces naturels en réduisant la production de viande... Ce serait donc la fin des poisons que sont les pesticides. Bref un nouveau système est à imaginer de façon globale, un changement du système agricole, mais aussi un changement du système tout cours en délaissant les idées reçues. Ce changement, certain·es tentent de l'amorcer, en exerçant une agriculture plus "paysanne",  biologique... en développant les circuit cours... Malheureusement les lobbying sont bien ancrés, des services de l'Etat sont noyautés par ces derniers comme l'ANSES qui nie la dangerosité des pesticides tels que les CDHI, qui néglige le travail des scientifiques comme Pierre RUSTIN directeur de recherche émérite au CNRS. L'Etat ne va pas du tout dans le sens d’un changement positif.

Ce ne sont donc pas les agriculteur·rices qu'il faut pointer du doigt, non, eux il faut les aider, les encourager, ceux qu'il faut pointer du doigt ce sont les lobbying, et l'Etat.

Déméter : lutter contre celles et ceux qui dénoncent

Pour ce qui est de la cellule Déméter, elle n'a pas comme unique but de lutter contre les vols dans les exploitations, mais également de lutter contre " l'agribashing ", et donc, je cite le ministère de l'intérieur de lutter contre "des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques" Cela signifierait-il donc que nous n’avons même plus le droit de critiquer l'agriculture conventionnelle ? Sylvie Ollitrault, directrice de recherche au CNRS, accuse le gouvernement, en affirmant que cette cellule est "un usage déguisé de la censure". La censure je pense en effet que c'est le mot que l'on peut employer, l'Etat veut tout de même lutter contre des "simples actions symboliques" voulant faire taire celles et ceux qui prônent une autre agriculture, en niant le constat des scientifiques, bref en niant la vérité !

Christophe Castaner a ajouté " L’agribashing qui consiste à dénoncer, et à dénoncer bien souvent sans savoir". Je précise que je suis tout à fait contre les menaces, injures, agressions verbales... proférés aux agriculteur·rices, cela va de soit. Mais le simple fait de critiquer l'agriculture actuelle est considéré comme de l'agribashing. Le ministre vise donc ici tou·tes celles et ceux qui militent pour un autre modèle agricole ou pour de meilleures conditions animales. Lorsqu’il dit "dénoncer sans savoir", veut-il dire par là que les scientifiques ne savent pas de quoi ils parlent ? Veut-il faire croire à la population que les écologistes et animalistes sont des hurluberlus qui ne racontent que des salades ? Veut-il faire croire que tout va très bien ? Peut être que notre ministre de l'intérieur dans ses heures perdues est un chercheur émérite ? Peut être a- t-il parcouru l'ensemble des plaines céréalières de France et qu'il a découvert qu'il n'y avait pas de problème ? Peut être est-il un spécialiste des sols, de la faune, et des bactéries qui y vivent ? Peut être a-t-il finalement démontré que les animaux n'ont pas de conscience, et qu'il est tout à fait naturel pour eux de vivre dans quelques mètres carrés ? Ou peut être a-t-il tout simplement bu les paroles de Christiane Lambert présidente de la FNSEA et éleveuse de porcs ? Mais cela on ne le sera jamais, dommage. Plus sérieusement, je trouve que ces propos sont graves compte tenu de la situation actuelle, et reflètent à eux seuls à quel point actuellement, l'écologie, et les scientifiques qui travaillent sur ces sujets sont bafoué·es, humilié·es, par le gouvernement, par un système fou. Ils reflètent à quel point l'on reste encore et toujours ancré dans nos vieilles idées, refusant catégoriquement d'agir sérieusement.   

Lors du rassemblement national des groupes locaux de NOUS VOULONS DES COQUELICOTS du 15 février à Paris. Pierre Rustin a notamment raconté comment il avait été ignoré par l'ANSES alors qu'il avait prouvé la grande dangerosité des CDHI, fongicide qui détruit la fonction respiratoire des êtres vivants. Son discours était poignant. Des militant·es ont également évoqué le problème des métabolites qui ne sont également pas pris au sérieux par l'Etat. 

L’Agence nationale de sécurité sanitaire fait partie du lobby des pesticides" Fabrice Nicolino, journaliste à Charlie Hebdo, et cofondateur de Nous voulons des coquelicots. 

Nous vivons une sixième extinction de masse, 1 million d'espèces sont menacées. Notre société va vers un effondrement. Nous aurions déjà du commencer à agir, et nous sommes toujours à nous demander si une agence de l'Etat dit la vérité ! L'intérêt financier des un·es a plus de valeur que la disparition des autres, notre société fonctionne ainsi, et ceux/celles qui le disent sont accusé·es d'agribashing. 

Je vous invite à vous renseigner sur cette cellule antidémocratique mais aussi sur une autre agriculture possible.

PS: Si j'ai un conseil à vous donner, faites attention de ne pas vous retrouver en prison pour agribashing la prochaine fois que vous dites que vous manger bio !

 "Elle aura vocation à traquer, partout en France, les marques d’hostilité à l’encontre de…De quoi, d’ailleurs? De la FNSEA, du modèle agricole, de l’élevage concentrationnaire, de l’omniprésence des pesticides? On ne le saura pas, car l’objectif est évidemment de faire peur à tout le monde." Fabrice Nicolino à propos de la cellule Déméter

Sujet: Cellule Déméter

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